J2 – 1er volet – Le sens de l’argent

Par Mathieu Arsenault, chargé de communication

Le premier volet de Tribu17 nous a rappelé à quel point l’argent n’est pas une finalité en soit, mais un simple moyen. Le modèle économique dans lequel nous vivons tend toutefois à réduire la nuance entre les deux. Faire les choses autrement doit donc nécessairement passer par une remise en question de ce modèle. Survol de quelques entrepreneurs qui tentent à leur façon de réformer ce système et de mettre les humains et le bien-être collectif au centre de leur modèle d’affaires.

D’emblée, Alexandre Taillefer, en entrevue avec Diane Bérard, nous a présenté sa vision du monde des affaires et du modèle capitaliste dans lequel nous vivons. Il a pris la parole à plusieurs reprises dans la sphère publique pour faire valoir ses idées sur des enjeux sociaux. C’est un grand risque qu’il court en tant que PDG, mais il persiste et signe : « les accomplissements que je veux réaliser dans ma vie sont plus forts que ce risque ». De cette façon, il souhaite voir le capitalisme se transformer pour effectuer une migration vers un capitalisme à bénéfice collectif et non plus individuel.

Issam Chleuh, initiateur du Africa Impact Group et dans la liste Forbes Africa 30 Under 30, finance diverses initiatives en Afrique pour donner du pouvoir à de jeunes entrepreneurs. Il nous rappelait à quel point l’Afrique a la capacité d’innover rapidement et de progresser par bond (leapfrog) et comment elle doit aussi réinventer ses modèles, comme il l’expliquait d’ailleurs au journal Les Affaires, « les grands employeurs ont atteint leur capacité de recrutement. Il faut cesser de s’en remettre à eux. Il est urgent de favoriser la création de PME. »

Nous avons aussi eu la chance ce matin d’explorer de nouvelles formes d’entreprises qui peuvent générer de l’influence. Simon De Baene, PDG de GSOFT, et Cécile Branco, se sont entretenus avec la chroniqueur Diane Bérard autour de la question. Le premier tente de faire une révolution des pratiques d’affaires en matière de ressources humaines (RH), qu’il souhaite par ailleurs rebaptiser « rendre heureux ». Selon lui, il ne faut pas oublier que les succès entrepreneuriaux passent d’abord par des humains, qui doivent être au centre du développement. Cela passe par des bénéfices tangibles (vacances, voyages, etc.), mais surtout par des activités intangibles, en établissant de bonnes relations et permettant un climat qui leur permet d’être eux-mêmes chaque matin. Faire ce travail peut apporter son lot de craintes, mais c’est en persistant qu’on arrive à générer une véritable influence. Il rejoint de cette façon Cécile, cofondatrice du Centre Magnétique et de Quartier artisan, qui vise à aider à relancer l’économie de Lac-Mégantic et à en faire une capitale sociale et culturelle en réunissant des entrepreneurs sous un même toit et en leur donnant des ressources d’accompagnement. L’espace ainsi créé devient un véritable levier d’influence et de développement à l’échelle régionale.

  • Alexandre Taillefer et Diane Bérard
  • Alexandre Taillefer et Diane Bérard
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Au final, c’est lors du panel « Responsabilité et impact social des entreprises » que l’on comprend l’importance de repenser au sens de l’argent pour arriver à des finalités qui servent aux humains. Simon Robert de Loto-Québec, Natalie Voland de Quo Vadis et Nicolas Duvernois de Pur Vodka et Adopte Inc. tracent la voie vers un capitalisme plus responsable qui ouvre la porte à l’intérêt de la communauté dans son développement. Ce qui est capital ici n’est pas de faire participer celle-ci pour être cute comme le rappelait Natalie, ou de s’en servir comme outil marketing, mais de comprendre que le bénéfice sera partagé par un plus grand nombre, y compris par l’entreprise.

On se rend compte que ces initiatives peuvent servir d’inspiration et faire boule de neige dans le milieu entrepreneurial. Malgré de bonnes intentions, l’on se bute toutefois à de nombreux obstacles structurels : difficulté à trouver du financement pour des projets innovants, règlementation municipale, cadre légal, etc.

Il s’avère donc aujourd’hui « contre la nature humaine de créer des entreprises humaines », nous soulignait Simon De Baene. N’est-ce pas par là qu’il faut commencer si l’on souhaite que l’argent serve avant tout à répondre aux besoins de la communauté?

Photos © Alexandre Claude

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